Jeudi dernier, on a pu assister à Casablanca au fameux « Café Politis » dans sa deuxième édition qui s’est déroulée dans l’enceinte de la célèbre « Sqala » l’un des café-restaurant les plus mythiques de Casablanca. Le thème, traitant de la citoyenneté, fût intéressant au départ puisqu’il est venu s’insérer dans une conjoncture temporelle adéquate à ce genre de thématiques.
Comme on le sait tous et toutes, le Maroc a connu un certain bouillonnement dernièrement, conséquence du vent révolutionnaire qui souffle sur les pays arabes et qui n’a pas épargné notre pays. L’effervescence suscitée à cet effet, a éveillé l’avidité des Marocains à des débats congruents surtout ceux traitant de la vie politique du pays. D’ailleurs, je me suis décidée d’aller assister au café Politis pour cette même raison, puisque, comme tout jeune marocain, je me considère inassouvie en matière de débats politiques et je voulais impérativement être présente pour pouvoir profiter de la qualité des intervenants qui allaient être présents. En effet, les différents personnages conviés étaient notables, à savoir Younes Boumehdi, Anas Filali et Jamal Abdenasser. Ils se sont présentés à la Sqala où le public était au rendez-vous confortablement installé sur de jolis poufs traditionnels.
Le sujet étant la citoyenneté, les intervenants ont commencé par donner leur propre définition à chacun de la « citoyenneté ». Ensuite, on a décidé de donner la parole au public pour provoquer un débat plus interactif et conversationnel. Or, tout au long des interventions, la discussion n’a pas évoluée dans la mesure où ça ne parlait que de la citoyenneté d’une manière conceptuelle et donc abstraite. Ainsi, la polémique n’a fait que tourner sur une seule et unique question « Qu’est-ce que la citoyenneté » et les réponses, malgré leur multiplicité, donnaient toutes l’impression d’être tirées de la légendaire encyclopédie en ligne Wikipédia. En d’autres termes, le débat s’est tenu à des définitions abstraites et subjectives, sinon, à un partage d’expériences personnelles des fois émouvantes et des fois complètement divergentes. Les interventions des invités furent assez rares car la parole était accaparée par le public. Résultat : on a beaucoup entendu durant ce café-débat, des interventions du genre « La citoyenneté c’est l’appartenance d’un individu à une cité » ou bien « La citoyenneté c’est avoir l’esprit nationaliste et avoir de l’amour pour sa patrie » ou encore « On est plus des sujets maintenant, on est des citoyens ».
Bref, tant d’interventions et de définitions plus abstraites les unes que les autres. A aucun moment, on a essayé de mettre carte sur table et parler concrètement de ce qu’est la citoyenneté à proprement dite. Certes, il faut déjà assimiler ce que veut dire le terme « citoyenneté » mais s’attarder sur sa définition pendant plus de deux heures, je crois que ce ne fût pas réellement constructif. On sait tous que la citoyenneté, en plus des droits civils et politiques qu’elle incarne, c’est d’abord des devoirs dont tout un chacun doit s’acquitter. Mais ce dont on avait besoin de voir et d’entendre c’est une polémique traitant des aspects concrets de la citoyenneté.
Déjà, la citoyenneté en soi est très vaste comme notion car il existe, si on peut dire trois formes de citoyenneté : civile, sociale et politique. La citoyenneté civile représente tout ce qui est « Droits de l’Homme », c.à.d. les libertés fondamentales telles que la liberté d’expression, l’égalité devant la justice, etc. La citoyenneté sociale par contre, c’est tout qui est « Droits socio-économiques », notamment tout ce qui est droit à la santé, droit à l’éducation, etc. La dernière catégorie, qui est celle qu’on espérait discuter, est la citoyenneté politique qui fait référence à la participation du citoyen dans la vie politique de sa « cité » et ceci à travers plusieurs manières dont la principale est le droit de vote.
Malheureusement, cet aspect politique de la citoyenneté a été pratiquement omis, je ne sais pour quelle raison, alors qu’on s’attendait à parler de sujets pertinents et tangibles. On aurait plutôt apprécié discuter de la politisation des jeunes marocains ou de l’importance du vote étant un droit civil et un devoir citoyen ou encore des apports de la nouvelle constitution en matière de citoyenneté. Bref, tant de sujets concrets qui aurait sûrement suscité un plus grand engouement mais qui aurait surtout donné lieu à une discussion pragmatique et constructive.
Quoique, je salue l’initiative de ce café-débat qui reste un événement remarquable permettant aux marocains de se réunir dans une ambiance conviviale pour débattre et échanger leurs idées. Je ne nie pas avoir suivi le débat du début jusqu’à la fin sauf que j’ai été dépitée en partant, puisque j’ai assisté à une querelle odieuse provoquée par des royalistes qui ont eu la mauvaise idée d’agresser un 20févrieste ayant eu l’audace de faire une intervention pas tellement à leur goût.